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Archive journalière du 26 août 2014

Le Pont de Londres

Ce texte est le premier de la catégorie « Morceaux de vies ». Un Morceau de vie est un texte narrant la vie d’un personnage de mon invention, nommé ou pas. Le texte est plus ou moins long et se concentre sur une partie ou des événements de la vie d’un individu qui peut être n’importe qui. Dans ce texte là, le personnage n’est pas nommé. J’aime écrire ce genre de texte, car je l’imagine toujours dit sur scène. Le personnage de théâtre m’inspire… J’espère qu’il vous plaira!

Ce texte est tiré d’un texte de Paul Valéry.

Robinson.

Solitude.

Création du loisir. Conservation.

Temps vide. Ornement.

Danger de perdre tête, de perdre tout langage.

Lutte. Tragédie. Mémoire. Prière de Robinson.

Imagine des foules, des théâtres, des rues.

Tentation. Soif du pont de Londres.
[…]

La Jeune Parque et poèmes en prose, Histoires brisées, « Robinson » 

 

 

* * *

 

    Je suis là. Seul. Sur cette terre sans frontières. J’ai cherché quelqu’un, quelque chose. Longtemps. Je n’ai rien trouvé. J’en suis venu à me rattacher à la seule chose qui est restée en ma possession : mon esprit. J’imagine que quelqu’un (n’importe qui) est assis à mes côtés, et me parle. Nous discutons vivement. Parfois, il chante. Nous chantons ensemble. J’imagine parce que je n’ai rien. Je suis seul ici. Je suis obligé d’imaginer. Mon cerveau fait des cabrioles dans mon crâne, comme une bête sauvage que l’on aurait soudainement enfermée en cage. En s’agitant, il me persuade que je m’occupe. Je créé un monde, le monde qui me plaît. Je dois conserver cette idée de création en tête. Pour ne pas mourir ! C’est là l’étape la plus importante de ma survie ; si je n’imagine plus, mon esprit s’éteindra. Si mon esprit meurt, c’est mon corps tout entier qui finira dans un gouffre sans fin.
   Le temps est vide. Vide de sens. Lent. Je n’ai pas, je n’ai plus de repères. Quel est mon but ? Quel jour sommes-nous ? Quelle heure est-il ? Il ne faut pas que je me pose ces questions. Elles nuisent à mon imagination, à ma création intérieure. A cette foule, à ces palais d’or et de glace, à ces joyaux brillants de mille feux, à ces pics vertigineux, à ces lacs, ces torrents et ces rivières, à ces forêts, à ces oiseaux sauvages volants dans le ciel éclatant de la Savane, à cette minuscule pousse verte perçant fébrilement le pavé gris d’un boulevard, à cette femme dont les cascades rousses sont délicatement posées sur ses épaules nues… à ce corps, pendu, putride, à moitié dévoré par la vermine… à ces yeux flamboyants me guettant dans la nuit… à ces sons aigus et stridents… Non ! Je dois bannir ces pensées obscures ! La folie n’est jamais loin. Elle ne doit pas m’atteindre. Je dois rester ce que je suis. Un être humain, oui, un être humain. Je suis un être humain. Cette sauvagerie animale qui accompagne la Folie est plus dangereuse que tout. Je ne dois pas céder. Je suis un être humain. C’est là encore une question de vie. De survie.
   La solitude me pèse. C’est elle qui me fait avoir toutes ces hideuses pensées. Elle entame une lutte sans merci avec ma mémoire. Le souvenir… Voilà ce qui me permet de rester un peu éveillé. Grâce à lui, j’imagine. Et alors je vis. Je prie aussi, parfois. Du moins j’essaye. Afin de me dire que tout espoir n’a pas définitivement jeté l’encre. Dieu est mon seul ami. Ou bien mon seul ennemi, je ne sais plus… La religion est la dernière preuve concrète de mon humanité. Je serre la croix en argent qui pend sur ma poitrine. C’est l’une des dernières choses qu’il me reste. Ça, et mon esprit.
   Souvent ce qui me revient en tête est un théâtre. Tout de rouge et d’or. Sur la scène, des comédiens aux perruques de Molière et aux masques de Sophocle. Ils m’entraînent avec eux dans leur folle ronde dramatique. C’est une joie, une libération. Puis nous sortons dans les rues humides de Londres. Les comédiens me laissent et je marche en chantonnant sur le sol glissant.
Je rentre chez moi.
Mon chien me saute au cou.
   Je ne le reverrai jamais. Oh, j’ai arrêté d’espérer, j’en suis sûr maintenant. Si un jour je rentre chez moi, il sera déjà mort. « Chez moi »… Ça non plus je ne le reverrai pas. Je serai mort avant. Brisé. Alors autant abdiquer maintenant. Arrêter cette lutte vaine et sans espoir. Abréger ces souffrances. Je devrais mourir. Je devrais me tuer. Maintenant. Me délivrer. Mais comment m’y prendre ? Comment mettre fin à cette vie ? Comment couper le mince fil que tiennent les Moires et qui me retient sur terre ? Comment m’enfuir vers le monde des Limbes ? Je veux mourir comme je le souhaite. Je ne veux pas souffrir. Je veux mourir humain ! J’ai soif. Soif d’un moyen pour mourir. Soif d’un pont d’où me jeter. Soif du pont de Londres.

Bienvenue !

Bonjour,

Ici j’aimerais juste partager deux trois trucs que j’aime bien écrire de temps en temps.
J’espère que vous aimerez lire ces deux trois trucs de temps en temps !

Bon séjour

Mon autre blog : www.lepetitinutile.wordpress.com




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