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Théâtre – L’un possible

Courte pièce (ou longue, le metteur en scène est roi) en un acte pour un.e comédien.ne.

 

L’un possible

Un paravent formant un angle, au centre de la scène. Contre lui, deux perches aussi hautes que le paravent. Tous sont noirs.
Un homme sort de derrière le paravent. il porte un maillot de corps et des sous-vêtements. Il erre quelques instants, puis, à cause du froid, retourne derrière le paravent. Il revient et porte dans ses bras du linge noir. C’est une chemise et un pantalon en toile. Il dépose le pantalon au sol puis s’empare de la chemise. Il enfile un bras, le bras droit puis enfile le bras gauche alors que le bras droit ressort. Il enfile le bras droit alors que le bras gauche ressort. Il enfile le bras gauche alors que le bras droit ressort.
Il 
enlève la chemise.
Il enfile les deux bras en même temps. Il ajuste la chemise. Il s’empare du pantalon. Même jeu. une fois habillé, il erre à nouveau quelques instants puis se dirige vers le fond de scène. Une lucarne très haute se trouve à Cour. Il tente de l’atteindre. Saute, tente d’escalader le mur. Echec.
Il se dirige alors vers les deux perches. il les manipule. Il en attrape une, puis l’autre. les observe. Il les lache puis repart derrière le paravent.
Il revient. Il tient un marteau. Il ne l’utilise pas. Il repart derrière le paravent avec le marteau. Il revient avec des clous. Il ne les utilise pas. Il repart derrière le paravent avec les clous. Il revient avec des cales de bois. Il tente de les fixer aux perches. Il  ne peut pas. Il retourne derrière le paravent et revient avec des clous et un marteau. Il fixe les cales au milieu des perches à l’aide des clous et du marteau. Il tente de monter sur les échasses. Il n’y arrive pas car elles sont trop hautes. (Le comédien devra tenter par tous les moyens gymnastique et physiques d’y arriver.) Echec. Il retourne derrière le paravent.
Il revient avec un tabouret en plastique. Le tabouret est bas. Il monte dessus et tente d’accéder aux échasses. Il est trop petit. Echec. Il retourne les échasses, tente de monter dessus. Il est trop petit. Echec.
L’Homme abandonne. Il s’assied sur le sol.
Un long temps. 

L’Homme se lève. Il repart derrière le paravent. Il revient avec un pistolet. Il le pose contre sa tempe. Il tire.
Rien. 
Il n’y a pas de balle dans le pistolet. Il repart derrière le paravent avec le pistolet. Il ne revient avec rien. Il se déshabille. Il les noue ensemble pour former une corde. Il noue la corde autour de son cou. Il cherche un endroit pour se pendre. 
Rien.
Il n’y a pas d’endroit. Il brise la corde et récupère ses vêtements. Il regarde par la lucarne. Il se rhabille. Même jeu qu’au début. 
Il n’a pas pu attendre la lucarne. Il n’a pas pu se tuer. 

Silence.

Il repart derrière le paravent et revient avec le marteau. Avec le marteau, il arrache les cales des perches. Il repart derrière le paravent avec le marteau et les perches. Il revient, se déshabille et met les vêtements derrière le paravent. Il revient et regarde la lucarne. Il repart derrière le paravent.

Silence.

Le paravent tombe.
Rien. La scène est vide derrière le paravent. 

La Révolution. – Saynète

Deuxième petite saynète. (Attention absurde en vue)

* * *

LA RÉVOLUTION.

 

 

 

Un salon avec un canapé.

Antony entre dans la pièce, énervé, balance son sac dans un coin et s’assied sur le canapé en soupirant.

Un temps.

 

Bobi : entre à son tour, surexcité.  Tu ne devineras jamais ce qui m’est arrivé aujourd’hui ! J’ai fait la meilleure affaire de toute ma vie, tu ne vas pas le croire ! In-cro-yable !

 

Silence.

 

B : Vraiment hein, tu m’as souvent reproché de faire des achats sur des coups de tête, de ne pas réfléchir, mais là, là, tu ne vas pas en revenir, je sais que tu vas adorer !

 

Silence.

 

B : C’est… une révolution ! Vraiment ! Une révolution ! Une révolution sociale, scientifique, politique ! Artistique même ! Une révolution !

A : Bon. Tu as fini ? Non parce que t’entendre hurler comme une poissonnière là, j’en peux plus, alors, s’il te plait, tais toi.

B : Mais attends, c’est formidable !! J’ai-

A : Écoute, je suis ravi que tu aies passé une bonne journée, si, si, vraiment, j’en suis ravi, mais moi, j’ai passé une bonne grosse journée de merde, et je n’ai pas besoin en plus que tu viennes m’étaler ta merveilleuse existence à la figure.

B : Non mais attends, s’il te plait, je te promets que tu ne vas pas être déçu. C’est… c’est… SENTATIONEL.

A : D’accord, d’accord, montre-la moi, ta sensation.

B : Tu vas être époustouflé !

A : Sarcastique. Je n’en doute pas.

B : Sors, puis re-rentre avec un énorme objet inconnu, caché sous un drap blanc. Tu vas voir hein, c’est révolutionnaire ! Le meilleur investissement de ma vie, sincèrement ! C’est si…. Si..

A : Oui bon bah montre moi, qu’on en finisse !

B : Oui ! Oui ! Voilà ! Voilà !

 

Bobi fait quelques soubresauts autour de l’objet inconnu, comme un Monsieur Loyal face à son plu bel éléphant, tourne autour en agitant les bras, et d’un coup sec et fier, enlève le drap en s’exclamant un « Ta-dah ! » digne d’un enfant de 5 ans.

 

A : Horrifié, il pousse un cri d’épouvante. Mais, mais c’est…

B : Magnifique !

A : Un humain !!

B : Oui, enfin…
La Créature : Pousse un cri intéressant. Il en poussera encore d’autres
A : C’est un humain ! Tu… tu as acheté… UN HUMAIN ?
B : Alors, pas de conclusions hâtives, je ne sais pas si on peut appeler ça…
A : AH BAH SI C’EST UN HUMAIN ! MAIS ON ACHÈTE PAS LES HUMAINS !

B : Mais ce n’est pas un…
A : C’EST INHUMAIN !

B : Voilà !

A : Hein ?
B : Ce n’est pas humain.
A : Si !

B : Mais tu viens de dire que…
A : Quoi ? Non ! C’est un humain !
B : Quoi donc ?
A : Mais lui ! Montrant La Créature.
B : Pas un humain !

A : Mais… Bon. C’est simple. Acheter un humain, ce n’est pas humain.

Silence.


A : Bobi, tu es bien d’accord que l’esclavage est interdit en France, et même quasiment partout ! On achète pas un humain ! C’est inhu…. CA NE SE FAIT PAS ! Ca ne se fait pas !

B : Mais oui je sais ! Mais lui, ce n’est pas un humain.
A : Un temps. Je ne te suis pas.

B : En fait, c’est un… c’est une expérience. Une toute nouvelle expérience scientifique, qui va révolutionner le monde, je t’assure ! Toutes les possibilités que vont offrir cette découverte, toutes ces vies qui vont être sauvées…
A : Le coupant. Qu’est-ce que c’est que cette expérience ?
B : Eh bien… C’est… Le croisement… Le croisement de…
A : Accouche ! Le croisement de quoi ?
B : Le croisement d’un homme et d’un…
A : D’un quoi ?
B : A peine audible. D’un… héron.
A : Un héron… ?

B : Un héron.
A : Un héron ?

B : Tu sais ce que c’est qu’un héron ?
A : Oui je sais ce que c’est qu’un héron merci !
B : Eh bien, c’est un héron.
A : Mais… pourquoi un héron ?
B : Et pourquoi pas un héron ?

Silence. La Créature pousse toujours des cris alors que Antony et Bobi sont immobiles, l’un gêné, l’autre abasourdi.

B : Elle s’appelle Suzanne.

A : Qui ?
B : Le héron.
A : Bien sûr.

 

Silence.

 

B : Elle est belle hein ?
A : En effet, c’est une révolution.  

 

Noir.

 

 

 

 

Lorsque l’éclair frappait – Saynète

Bonsoir ! Je reviens après ma longue absence avec du théâtre!! Petite saynète pour vous que je compte mettre en images aussi!! J’espère que ça vous plaira! 

 

* * *

 

LORSQUE L’ÉCLAIR FRAPPAIT.

 

 

Une chambre.

Q est assis sur un lit. Mains sur les genoux. Dos droit.

 

Q : Je suis seul dans la chambre et j’attends que le temps passe. Il n’y a rien. Je suis complètement seul. La pluie tambourine contre la vitre. Elle fait un bruit sourd, un bruit de fantôme. J’aimerais pouvoir l’arrêter mais je ne peux pas. J’aimerais que le soleil brille mais il ne brille plus. J’aimerais (Il se coupe.)

(Silence)

J’aimerais pouvoir partir d’ici mais mon corps est cloué sur le lit. Je suis incapable de bouger. Je suis incapable de gigoter. Je suis seul dans la chambre et j’attends que le temps passe.

 

D entre soudainement dans la chambre.

 

D : Salut ! (D fait la bise à Q qui ne bouge pas.) Ca va ? Ca fait un bail !

(Silence. D ne bouge pas.)

D : Eh ? Ca va ?

(Silence. D ne bouge pas.)

D : Je te dérange… ?

(Silence. D ne bouge pas.)

D : Qu’est ce que tu fais ?

Q : Je suis seul dans la chambre et j’attends que le temps passe.

D : Certes…

Q : Je suis seul dans la chambre…

(Silence)

Q : … et j’attends que le temps passe.

D : Oui tu l’as déjà dit ça.

Q : Je suis seul dans

D (le coupant) : Oui, je sais, merci.

Q : la chambre et j’attends que la pluie passe.

: Et puis d’abord, t’es pas seul. Je suis là moi hein.

Q : Les pensées qui se bousculent dans ma tête sont semblables à des milliers d’aiguilles qui tournent et tournent dans le creux de l’univers comme un maelstrom insatiable de destruction.

D : T’es sur que ça va… ? Tu as bu ? Tu as fumé quelque chose ?

(Silence)

 

D s’approche au ralenti de Q. Alors que D est quasiment assis à côté de D, celui ci pousse un cri.

 

Q : Je me débats dans l’eau noire et je ne peux pas avancer. Je ne peux pas nager. Tout ce qui m’entoure va finir par m’engloutir et même si j’essaye de faire en sorte de ne pas mourir je sais que. Le zénith ayant atteint sa surface demain matin les oiseaux chanteront plus tôt mais. La pluie tambourine contre la vitre. Elle fait un bruit sourd, un bruit de fantôme.

: Tu as complètement pété un plomb…

Q : J’aimerais pouvoir l’arrêter mais je ne peux pas. J’aimerais que le soleil brille mais il ne brille plus.

D : Tu me fais peur…

Q : Je suis seul dans la chambre et j’attends que le temps passe.

D (paniqué) : Arrête ça ! Arrête ça ! Tu es complètement malade !

(s’emportant) : Je suis seul dans la chambre et j’attends que le temps passe. Je suis seul dans la chambre et j’attends que le temps passe. Je suis seul dans la chambre et j’attends que le temps passe. Je suis seul dans la chambre et j’attends que le temps passe.

D : MAIS TAIS-TOI ! TAIS-TOI PUTAIN DE MERDE ! TU VAS ME RENDRE DINGUE !

Q : Je suis seul dans la chambre et j’attends que le temps passe.

D : Je sais pas quelle saloperie tu as pu t’injecter mais c’est violent ! Je te laisse dans ton délire, moi je me barre ! Taré va !
D recule vers la porte avec un sourire nerveux, mais la porte est verrouillée. D tente alors de toutes ses forces de l’ouvrir, mais elle tient bon. Q bouge alors pour la toute première fois : il tourne la tête soudainement vers D et le regarde avec un sourire étrange. Q se crispe.

 

Noir.

 

Q et D sont assis sur le lit. Côte à côte. Mains posées sur les genoux. Dos droit.

 

Q et D : Nous sommes seuls dans la chambre et nous attendons que le temps passe.

 

 

 

Window

Me revoilà dans la création d’un texte. De théâtre cette fois. Oui, je tente un peu tout. Après tout c’est en forgeant qu’on devient forgeron donc… Une (très) courte saynète qui m’est venue un jour, comme ça. Voilà. J’espère que ça vous plaira.

 * * *

 

  La pièce est entièrement vide, sauf un escalier de quelques marches au fond, qui monte vers une petite fenêtre carrée. Un homme (Jack) est couché sur le sol, dos au public, immobile. Il est complètement vêtu de noir. Des bruits sourds retentissent depuis l’ouverture du rideau. Puis tout s’arrête.
 Jack remue, s’assied et ouvre les yeux. Il regarde autour de lui, éperdu. Il se lève et se met à courir à travers la pièce. Il appelle.

 

JACK. – Hé ! Hého ! Il y a quelqu’un ? Hé !

Il monte les escaliers, tente d’ouvrir la fenêtre. Elle est fermée.

JACK. – Qu’est-ce que… ? Hé ! A l’aide !! Je suis enfermé ! Hého !!
Merde ! Mais c’est quoi cet endroit !? Qu’est-ce qu’il m’arrive ? Pourquoi ? Pourquoi je suis là ! Hé ! Vous ! (il s’adresse au plafond, comme s’il y avait une caméra. Il n’y en a pas.) Si vous m’entendez, laissez-moi partir !! Qu’est ce que je vous ai fait ? Salauds ! Laissez-moi ! Hého !

Jack tape sur les murs, court dans tous les sens. Il finit par se calmer. Il s’assied au sol, au centre de la scène.

JACK. – Qu’est ce c’est que ça… ? Qu’est ce que vous me voulez ? Pourquoi… Merde… Je comprends rien… Hé ! S’il vous plait, quelqu’un, aidez moi…

Il enfouis son visage dans ses mains. Une jeune fille (Ée) apparaît alors au fond de la scène. Elle a les cheveux attachés et une robe blanche.

ÉE. – Ca va ?

Jack se lève brusquement et se retourne vers la jeune fille.

JACK. – Qui es-tu ? Qu’est-ce que tu me veux ?
ÉE. – N’aie pas peur.
JACK. – Je n’ai pas peur. Je te demande ce que tu veux ! T’es qui ? Tu fais parti de leur gang ? Pourquoi ils m’ont enfermé ici ?
ÉE. – Je ne sais pas Jack.
JACK. – Tu mens !

Il se jette sur elle. Elle l’évite de justesse. Jack tombe à la renverse, tandis que Ée se dirige de l’autre côté de la scène, afin de s’éloigner de Jack.

ÉE. – Arrête de crier, je t’ai dit que je ne savais pas. Et arrête de te mettre dans des états pareils, tu vas te faire mal.
JACK. – Je n’ai pas d’ordres à recevoir de toi ! Qui es-tu ?
ÉE. – Ée.
JACK. – Hein ?
ÉE. – Ée.
JACK. – Et quoi ?
ÉE. – Ée. Je m’appelle Ée.
JACK. – Ée ? Mais ce n’est pas un prénom ça !
ÉE. – Bien sûr que si, puisque c’est le mien.
JACK. – Comment es-tu arrivée ici ?
ÉE. – C’est toi qui m’as appelée.
JACK. – Je n’ai appelé personne !
ÉE. – Si ! Tu n’arrêtais pas de crier « Ée ! Éééée ! » Alors je suis venue.
JACK. – Je ne comprends pas… (Il s’assied)
ÉE. – Il n’y a rien à comprendre, je suis venue, c’est tout.

JACK. – Tu sais quel est cet endroit ?
ÉE. – (Elle regarde autour d’elle) Ca ressemble à une cellule de prison non ? Il y a une lucarne regarde !
JACK. – Je ne suis pas aveugle !
ÉE. – Je t’ai dit d’arrêter de crier. Te déchirer les cordes vocales ne va pas te faire sortir d’ici.
JACK. – Pourquoi faut-il que je sois coincé ici avec quelqu’un d’aussi pénible que toi !?
ÉE. – Tu n’es pas très positif…
JACK. – Je vois mal comment je pourrais être positif alors que je suis enfermé ici et qu’il n’y a aucun échappatoire.
ÉE. – Tu vois le mal partout ! Cherche le bon côté des choses : il y a une fenêtre où tu peux voir les nuages voler.
JACK. – Regarder le ciel ne fera que me rappeler ma captivité. Le soleil me narguera de sa liberté. Non je suis contraint à demeurer entre ces quatre murs, Dieu sait pour combien de temps.
ÉE. – Mais moi je suis là !
JACK. – Toi tu n’es qu’une plaie de plus.

ÉE. – Ca c’est méchant.
JACK. – Je déteste tout le monde.
ÉE. – Même ta famille ?
JACK. – Tout le monde ! Compris ?
ÉE. – Pourquoi ?
JACK. – Ils m’ont toujours rejeté. Tout le monde ma toujours rejeté.
ÉE. – Là c’est toi qui rejettes tout le monde.
JACK. – Parce que maintenant, c’est fini. J’abandonne. Ils ne me veulent pas ? Eh bien tant mieux ! Je laisse tomber.
ÉE. – C’est lâche.
JACK. – Je ne te demande pas ton avis. Et je préfère la solitude.
ÉE. – Pourtant tu ne t’es pas arrêté de me parler depuis tout à l’heure…
JACK. – Oui et c’était une erreur ! Laisse moi tranquille !

Il s’écarte et va s’asseoir sur un bout de scène. Silence. Ée le regarde un moment, marche autour de la pièce comme si elle visitait l’endroit et monte sur les marches au fond de la scène. Elle regarde le dos de Jack qui est face public. Elle chantonne doucement.

JACK. – Qu’est-ce que tu fais ?
ÉE. – Tu ne veux pas que je parle, alors je chante.

Il ne répond pas. Elle continue à chanter, plus fort.

JACK. – C’est beau. Qu’est-ce que ça veut dire ?
ÉE. – Je ne sais pas, mais j’aimais bien la mélodie.
JACK. – C’est stupide.
ÉE. – Qu’est-ce qui est stupide ?
JACK. – De chanter dans une langue que tu ne comprends même pas, c’est stupide.
ÉE. – Je ne vois pas pourquoi.
JACK. – S’il y a des paroles dans une chanson, c’est qu’elles ne sont pas là par hasard, elles servent à quelque chose. Elles expriment quelque chose.
ÉE. – Et si j’ai envie de leur faire dire ce que je veux ?
JACK. – Eh bien c’est stupide.
ÉE. – Tu l’as déjà dit.
JACK. – Tu es insupportable ! Laisse-moi !
ÉE. – C’est toi qui es revenu me parler Jack.
JACK. – C’est la deuxième fois que tu m’appelles Jack. Je ne me rappelle pas t’avoir dit mon nom. Comment sais-tu qui je suis ?
ÉE. – Voyons ? Tu ne sais pas ?
JACK. – Puisque je te le demande.
ÉE. – Tu n’as vraiment aucune idée ?
JACK. – Cesse de tourner autour du pot comme ça, c’est agaçant.
ÉE. – Je ne tourne pas autour du pot. C’est toi qui ne trouves pas.
JACK. – Comment veux-tu que je le sache ? Je ne sais même pas qui tu es !
ÉE. – Eh…
JACK. – Ton nom, d’accord, tu me l’as dit, mais-
ÉE. – Non, pas Ée. Eh. Regarde.
JACK. – Quoi ?
ÉE. – Là.

Elle montre la lucarne du doigt. Jack lève la tête. Il n’y a rien. Pourtant, Ée s’agite, sourit. Jack regarde plus attentivement. Il n’y a toujours rien.

JACK. – Je ne vois rien.
ÉE. – Exactement.
JACK. – Pardon ?
ÉE. – Tu ne vois rien parce que tu ne veux pas voir. Tu ne veux pas croire.
JACK. – Ah non. Non, non, je ne veux pas de ce genre d’affirmations toute préconçues et stéréotypées qu’on entend partout et qui n’ont ni queue ni tête ! Non, je refuse de croire à tout ça ! « Tu ne veux pas voir, tu ne veux pas croire, écoute ton cœur, etc. » Tout y passe ! L’âme, la foi, la croyance, la fidélité, l’esprit, la bêtise parfois ! Mais… Mais ce n’est pas ça la vie ! La vie, ce n’est pas une suite de belles paroles jetées en l’air comme des ballons de baudruche ! La vie, c’est dur, c’est froid, c’est concret. C’est réel ! C’est ça la vie ! (se moquant) Pas un conte de fée ou l’histoire se termine par une morale niaise faisant l’éloge de « l’écoute de soi » et de « suivre son destin malgré le danger ».  Non, la vie c’est cruel, et ça se termine par un long râle avant l’obscurité éternelle. Ca c’est la vie ! Ca c’est la réalité ! Ca, c’est réel, comme toi et moi ! Comme le fait que je sois coincé ici avec la fille la plus demeurée et agaçante que la Terre aie portée !
ÉE. – Mais moi je ne suis pas réelle.
JACK. – Je te demande pardon ?
ÉE. – Je ne suis pas réelle.
JACK. – Oh ça suffit tes bêtises et tes métaphores clichées ! Bien sûr que tu es réelle, tu es là, devant moi. Arrête de jouer à ce petit jeu où je vais vraiment m’énerver.
ÉE. – Jack… Je ne suis pas réelle.
JACK. – (Hurlant.) C’est fini oui ? Laisse moi maintenant ! Amuse toi avec tes âneries si ça t’amuse, mais moi, j’ai passé l’âge des histoires pour enfants ! Je suis un adulte responsable ! Va rêver ailleurs. Laisse moi. (Il s’éloigne et va s’asseoir à l’autre bout de la scène, au bord, les jambes dans le vide, face au public.)
Silence.
Ée se retourne dos au public.

ÉE. – Jack.

Silence.

ÉE. – Jack. Pourquoi tu ne veux pas l’accepter ? Jack. Tu le sais. Arrête d’avoir peur. Tu sais très bien qui je suis. Tu es obligé de le savoir, puisque tu m’as inventée.
JACK. – Qu’est-ce que tu dis ?
ÉE. – Tu m’as inventée. Je n’existe pas vraiment. Je ne suis que le fruit de ton imagination, tu le sais bien.
JACK. – Je ne comprends pas.
ÉE. – (S’éloignant vers le fond de la scène qui se sera éteint doucement auparavant, laissant l’arrière scène dans le noir de façon à ce que seul Jack en avant-scène soit visible.) Je ne suis qu’une voix Jack. Pas un corps, pas un caractère, pas une personnalité. Je ne suis qu’une voix dans ta tête. (Ée s’éloigne complètement et disparaît.)

Un temps.

JACK. – Je ne comprends pas.

Silence.

JACK. – Ée ? Explique-toi, s’il te plait. Ée ?

Il se retourne, se lève, l’appelle, la cherche. Elle n’est plus là.
La lucarne s’illumine soudainement, formant un carré bleu dans le fond noir. Jack se retourne et se dirige vers la lucarne, dans le noir. On ne le voit plus. Il monte les escaliers et sa silhouette arrive devant la lucarne, comme une ombre chinoise. Il se penche comme pour ramasser quelque chose. Le bleu de la fenêtre disparaît. Puis il redescends les escaliers et se rapproche doucement vers la lumière en avant scène, d’un pas lent, regardant ses mains. Il tient un revolver.

JACK. – C’est toi qui m’a laissé ça Ée ? Il n’était pas là tout à l’heure. Ée, c’est toi hein ? C’est forcément toi. J’imagine peut-être des voix, mais je ne suis pas fou. Du moins je crois. Non, je ne suis pas fou. Je suis avocat, je ne suis pas fou. Je suis intelligent et je sais plein de choses.
ÉE. – (Voix off) Que des idioties.
JACK. – Non ! Non pas d’idioties. Je suis avocat. Je suis avocat. Arrête. Arrête. Une seule balle. Il n’y a qu’une seule balle. Elle est pour moi, c’est ça ? Ou alors elle est pour toi. Ou alors elle est pour celui qui me tient enfermé ici. Hein ? Pour qui est celle balle ? Quel crâne doit-elle transpercer ? Quelle cervelle doit-elle exploser ? (Il pose le revolver contre sa tempe.) La mienne ? La mienne. Oui. Il n’y a que moi. Ée n’existe pas n’est-ce pas ? Alors elle est pour moi.

La lucarne se rallume de nouveau, rouge cette fois. Jack se retourne et regarde la lucarne. Il vise la vitre. Il tire.
Un long temps.
Il se dirige vers la fenêtre, monte les escaliers. A l’aide du manche du revolver il brise la vitre. Il se retourne vers le public. Lumière sur son visage. Il se retourne vers la lucarne, escalade le cadre de la fenêtre, saute de l’autre côté.

NOIR.




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