Dialogue

Je ne veux donner aucune information concernant cette esquisse. Ce brouillon même. Je vous laisse imaginer. Appropriez-vous les mots! Je les pose, vous les altérez. Soyez le chef-d’orchestres, je suis le compositeur…

 

 

 * * * 

 » Il y a quelqu’un là ?
-Tu vois 
quelqu’un ?
-Non…
-Alors c’est qu’y a personne.
-Je peux m’asseoir…?
-C’est toi qui vois. Je suis pas ta mère.
-Tu bois pas ton jus…?
-Non. J’aime pas.
-Pourquoi avoir pris un jus alors?
-Pour changer. J’aurais pas dû. Tu peux le boire si tu veux.
-Non, merci… Je n’aime pas trop les jus de fruits, il sont trop acides, ça m’irrite la gorge et… Tu peins?
-Non. Je joue de la flûte à bec.
-Qu’est-ce-que tu peins?
-Les gens comme toi.
-Comme moi?
-Oui. Les gens perdus. Oubliés. Ceux qui se torturent l’esprit.
-J’ai l’air de me torturer l’esprit?
-Tu ne réponds que par des questions.
-C’est vrai… Pardon.
-Pourquoi tu t’excuses?
-Je ne sais pas…
-…
-Il est beau, ton sourire.
-Ah.
-Tu viens souvent ici?
-Non. Je me suis arrêtée ici par hasard. Je ne sais plus vraiment comment je suis arrivée là en fait. J’ai vu ce café et je me suis arrêtée. C’est un bon endroit pour observer les gens.
-C’est vrai, la vision est bonne! C’est joli ces pavés gris, ces arbres aux feuilles rousses, ces doux rayons de clarté blanche sur le sol humide…
-T’es un poète toi.
-C’est un compliment?
-Ca se pourrait.
-Merci alors…
-Tu accepterais que je te peigne?
-Je suis un bon modèle?
-Tu n’es pas trop mal.
-Alors si tu veux… Au fait, moi c’est-
-Non. C’est sans importance.
-Ah?
-Pour l’instant.

fall-street-autumn

Death Note – Fanfiction – Bells

Bonjour à tous! Alors aujourd’hui je vous propose quelque chose d’un peu différent. Ca ne sera pas un Morceau de Vie comme mes précédents textes mais bel et bien une fanfiction. :) Une fanfic tirée du manga de Ohba et Obata Death Note qui est l’un de mes mangas favoris. Cette histoire se concentre sur l’enfance du personnage L. Elle contient quelques spoilers alors si vous n’avez pas terminé l’histoire, je vous conseille de ne pas la lire. Sinon, chaque spoiler sera annoncé à l’avance, au cas ou! L’épilogue contient le véritable spoiler, je pense que le reste de la fiction n’en contient pas tant que ça.

Le titre est « Bells » qui signifie en anglais « Cloches ». Vous comprendrez pourquoi. Je vous laisse apprécier (ou pas) ma version de l’enfance de ce personnage si formidable!! ^^ Enjoy!
Je tiens à préciser que les personnages de L, Watari, Roger et Light Yagami appartiennent aux auteurs Takeshi Obata et Ohba ; et que les personnages de Swann, Awen, Neven, Alice et Ake m’appartiennent. Certains passages de l’histoire sont ouvertement inspirés de la série animé de Death Note. La fanfiction en elle-même m’appartient, merci de me prévenir si vous désirez l’utiliser ! ^^

 

 

BELLS

 

 

L’homme, d’âge mûr, une moustache blanche bien peignée, un chapeau-melon sur la tête, le regard éperdu, entra dans la maison de briques d’un rouge terne. Swann, la femme d’Awen, neveu de son demi-frère mort il y avait des années, l’avait appelé de toute urgence. Enfin, c’était plutôt la voisine, Mme Dawson, une femme qui n’avait pas plus de cinquante ans, mais qui en paraissait soixante-dix, aux cheveux teins en roux, découvrant des racines blanchâtres, et aux robes fleuries, qui l’avait appelé. Elle avait entendu des bruits étranges et des cris dans l’appartement du dessus, là où vivaient Swann et son tout jeune fils. Il était la seule famille de cette jeune femme et de cet enfant. L’endroit où ils vivaient était une vieille maison anglaise, à moitié en ruines,  séparées en quatre appartements minuscules, un à chaque étage. Swann, qui était veuve depuis peu, vivait dans l’appartement du dernier étage. Le plus petit, le plus miteux.

L’homme frappa à la porte. Des faibles gémissements retentissaient à l’intérieur. Il frappa plus fort contre la porte de bois :

- Swann ! Tu es là ? Swann ! Ouvre ! »

Il n’y eu aucune réponse. Pris de panique, l’homme recula de deux pas et se rua sur la porte grinçante. Il la défonça d’un coup d’épaule et s‘élança dans l’appartement. Il était tout petit et ne contenait que deux pièces. La principale faisait salle de séjour et chambre, contenant un canapé-lit et une petite table. Il y avait dans un coin une misérable cuisinette et une petite douche. Une porte en bois donnait sur une petite pièce, contenant un petit lit et une armoire. En voyant cet appartement, très sombre, on aurait tendance à penser qu’il était sale, plein de parasites ou de rats. Mais même si quelques souris y avaient effectivement élu domicile, sur les poutres du toit très bas, l’appartement était impeccable.

Le vieil homme se dirigea vers l’endroit d’où venaient les gémissements. À côté du canapé-lit. Swann gisait sur le sol, recroquevillée sur elle-même, ses longs cheveux noirs et soyeux  tombants en cascades ondulées sur le parquet.

- SWANN ! s’écria-t-il en s’agenouillant à côté de la jeune femme. Un plateau avec deux tasses de thé étaient éclatés à terre. Il sentit le sucre imbibé de thé noir poisser sous ses chaussures. Il retourna la femme vers lui. Les mèches de sa frange étaient collées à son front transpirant. Elle était trempée de sueur et ses vêtements lui collaient à la peau. Elle haletait difficilement. Le vieil homme pris sa tête au creux de ses mains et la regarda, paniqué.

- Quillish…murmura-t-elle.

- Swann ! Qu’est ce qu’il se passe ? Tu es blessée ? S’affola l’homme.

- Quillish… Je… J’ai… Mal…

- Ne parle pas ! Où ? Où as-tu mal ?

- Là… souffla-t-elle en montrant l’endroit de son cœur.

C’était son dernier soupir. Sa tête retomba sur les genoux de l’homme sans aucun bruit. Watari regarda le corps sans vie de Swann. Ses mains tremblaient doucement. Un léger bruit de pas le fit se retourner. Dans le coin de la deuxième porte en bois se tenait un petit garçon d’à peine cinq ans. Debout, les bras ballants, portant un large t-shirt blanc qui avait dû anciennement appartenir à son père, Awen, et qui tombait sur ses petits genoux tant il était grand. Il avait les mêmes cheveux noirs que sa mère, mais en bataille comme s’il venait de se réveiller. Ses immenses yeux, noirs eux aussi, regardaient Watari sans comprendre.

- Maman ? Murmura le petit garçon.

Watari se leva rapidement et arriva devant lui.

- Je suis désolé, dit-il, tu es… le fils de Swann et Awen n’est-ce pas ?

- Où est Maman ?

- Comment t’appelles-tu ? demanda doucement Watari.

Le petit garçon ne répondit pas. Il continua à regarder le vieil homme de ses grands yeux de jais, comme des billes. Son regard brillait d’une intelligence peu commune pour un enfant de cet âge. Il regarda Watari un long moment, sans répondre. Puis il allongea le cou vers le côté et aperçu les pointes des boucles noires de sa mère derrière la table basse. Watari continuait de regarder ses yeux et c’est à ce moment qu’il devina que le petit garçon, si jeune soit-il, avait compris. Mais aucune larme ne coula de son regard sombre. Il ramena ses prunelles vers le visage de Watari. Un regard étrange. Un mélange entre le chagrin, l’incompréhension, la peur et le désespoir.

Quillish Wammy, ou plutôt Watari, sorti délicatement une toute petite seringue de son veston. Un clocher retentit au loin. Il sonna 5 fois.

- Tu vas venir avec moi. Dit-il pas plus fort qu’un chuchotement. Ta maman n’est plus là. Je vais m’occuper de toi… Je suis désolé…

- Avec vous ? Maman…

- Je suis désolé…

  Il enfonça délicatement la mince aiguille dans le petit bras de l’enfant. Celui-ci ouvrit des yeux plus grands encore puis s’évanouit une fraction de seconde plus tard. Watari le souleva dans ses bras et sorti de la maison délabrée.

 

* * *

 

  Lorsque l’enfant se réveilla, il était couché sur la banquette arrière d’une voiture. Il portait un simple t-shirt noir en coton et un pantalon gris dans le même tissus. Une couverture de laine était posée sur son petit corps recroquevillé. Il ressentait une douleur dans le bras droit. Un petit pansement blanc y était posé. Il ne se rappelait plus ce qu’il s’était passé. En fait, il ne se rappelait plus de rien. De rien du tout. Pas même de son prénom. Qui était-t-il ? Un homme conduisait la voiture. L’enfant se releva en position assise et frotta ses yeux.

- Tu es réveillé ? Demanda l’homme.

- Oui… Qui êtes-vous ? répondit l’enfant, prudent.

- Je m’appelle Watari… Je vais m’occuper de toi à partir de maintenant.

- Monsieur…

- Appelle-moi Watari.

- Watari… Comment je m’appelle ?

L’enfant avait hésité en posant la question. Watari ralenti la voiture. Il ne se souvenait donc plus de rien. Le produit qu’il lui avait injecté avait bien marché visiblement. Trop bien marché.

- Tu t’appelles… Lawliet… dit-il doucement.

  Lawliet. C’était les lettres qu’il avait réussi à déchiffrer sur l’étiquette délavée du t-shirt que portait l’enfant lorsqu’il l’avait emmené. L. Lawliet plus exactement. C’était donc le nom qui lui était venu à l’esprit. Awen et Swann n’étant pas directement de sa famille, il ne connaissait plus leur nom de famille. Mais il leur semblait bien que c’était Lawliet. Mais le prénom de ce petit garçon ne lui avait jamais été dit… Son prénom commençait sûrement par un L… Pour L. Lawliet…  Mais ce n’était pas sûr… Il ne savait pas.

- Lawliet ? Demanda le petit garçon.

- Oui. Mais à l’endroit où je t’emmène tu ne diras pas ton nom, sauf au directeur. Et tu t’appelleras Lawl.

Le silence retomba. Longtemps. Puis le petit garçon reprit la parole.

- Monsieur Watari ? murmura-t-il.

- Oui ?

- Où m’emmenez-vous ?

- Dans un endroit où tu seras chez toi.

- Où exactement ? insista le petit garçon.

- Dans un orphelinat. Un orphelinat que j’ai créé. Il se trouve à Londres. Il s’appelle la Wammy’s House. Tu y seras bien, je te le promets.

- Vous en êtes sûr ?

- Absolument.

- Mais vous allez rester avec moi n’est-ce pas, Monsieur Watari ?

- Je ferais de mon mieux mon petit.

  Lawliet, ou plutôt Lawl, reconnu cette phrase. Elle lui était étrangement familière. Il se rendormit involontairement. Lorsqu’il se réveilla pour la seconde fois, ils étaient toujours sur la route mais le paysage avait changé, les grandes campagnes vides laissant place aux premières traces de vraie civilisation. La neige tombait en d’épais flocons et le petit garçon fut émerveillé. Il avait visiblement dormi longtemps car le faible soleil, caché par des nuages qui n’étaient pas encore trop épais, était bien plus bas dans le ciel.

- Monsieur Watari ? demanda-t-il.

- Ah ! s’exclama l’homme. Tu es réveillé ? Qu’y a-t-il mon petit ?

- Nous sommes bientôt arrivés ?

- Bientôt, oui ! Nous sommes presque à Londres. Il fait froid dehors. Regarde à tes pieds, il y a un sac avec un manteau, des moufles et une écharpe en laine. Ils sont pour toi, tu les mettras quand on arrivera !

- Merci Monsieur Watari…

- Tu sais, tu peux m’appeler simplement Watari.

- D’accord… Vous savez, je me souviens de quelque chose…

- Ah oui ? s’écria Watari, soudain tout à l’écoute. Quoi donc ?

- Eh bien… Je me souviens… D’un bruit… Les cloches…

- Les cloches ?

- Oui… Et aussi… Hésita le petit garçon.

- Quoi donc mon petit ?

-Le goût…. Le goût du thé… Très sucré… Très très sucré… C’était bon…

- Je vois… C’est tout ce dont tu te rappelles ?

- Oui…

- D’accord. Répondit Watari. Si tu te souviens de quoi que ce soit, ou si tu ressens le besoin de me parler, je suis là, n’hésite pas.

- Merci Watari…

  Ils roulèrent encore plus d’une heure avant que Watari ne ralentisse la voiture. Ils s’arrêtèrent devant un lourd portail en fer forgé. Au loin, on apercevait une immense demeure qui devait sûrement être la Wammy’s House. La neige tombait toujours, mais moins imposante. Les yeux de Lawl s’agrandirent lorsqu’il aperçut la maison. Même de l’extérieur, sous la neige, sans soleil, elle semblait chaleureuse. Un clocher sonna à côté d’eux. Lawl, emmitouflé dans son manteau légèrement trop grand, l’écharpe de laine lui cachant la moitié du visage, laissant apparaître de grands yeux noirs et une touffe de cheveux de la même couleur, chercha instinctivement de sa petite main celle de Watari. L’homme sentit cette petite main dans la sienne et la serra très fort. Il poussa le portail et ils entrèrent dans la cour pleine de neige.

 

               * * *

 

  Lorsque Lawl entra dans le hall de l’orphelinat, il sût qu’il était chez lui. Tout lui plaisait. Les hautes fenêtres, les grandes portes de bois, les lourds tapis de velours, la délicieuse odeur de pain chaud qui s’échappait des cuisines et le grand escalier de marbre blanc qui montait aux étages supérieurs. Mais il ne lâcha pas la main de Watari. Celui-ci le dirigea vers une porte, à leur gauche, sur laquelle était inscrit le mot « DIRECTION ». Malgré son jeune âge, Lawl savait le lire. Il ne se rappelait plus comment il avait appris, mais il savait déchiffrer les mots. Ils pénétrèrent dans une immense salle. Un homme, un peu plus vieux que Watari, était assis derrière un bureau en ébène et lisait des dossiers. Watari s’avança et se racla la gorge.

- Roger ? Demanda-t-il.

- Ah ! s’exclama le Directeur. Watari ! Te voilà ! Je savais bien que c’était toi que j’avais aperçu depuis la fenêtre ! Malgré la neige ! Ah ! Quel temps Bonté Divine ! Que se passe-t-il mon brave ami ?

- Le nouveau pensionnaire. Répondit Watari.

- Le nouveau ? Formidable ! Où est-il, ce petit nouveau ?

- Ici. Dit Watari en souriant. Il poussa Lawl devant lui.

- Eh bien ! S’exclama Roger. Bonjour mon petit ! N’ai pas peur enfin ! Je suis Roger, le directeur de cet endroit. Et cet endroit, c’est chez toi maintenant. Comment t’appelles-tu mon petit ?

- Lawl. Répondit Watari.

- Hein ? s’étonna le petit garçon. Mais vous…

- Il s’appelle Lawl. Insista Watari. Je t’expliquerais tout ça plus tard Roger.

- Bien bien bien ! Et quel âge as-tu, mon petit Lawl ?

- Euh… Hésita le petit garçon.

  Il ne se rappelait pas. Quel âge avait-il ? Il réfléchit à toute vitesse, son petit cerveau fonctionnant à toute allure, et avant même que Watari ai pu parler, il répondit :

- Cinq ans ! J’ai cinq ans Monsieur Roger.

- Adorable ! S’exclama Roger.

  L’homme se leva de son bureau et se dirigea vers une armoire elle aussi en ébène. Il en sortit un petit sac à dos de couleur bleue et le tendit à Lawl. Celui-ci le pris dans ses petites mains et réfléchi un instant. Il leva ses grands yeux sombres devant Roger qui souriait tendrement.

- C’est pour toi, dit-il, cadeau de bienvenue.

  Lawl baissa les yeux vers le sac et le regarda avec amour. Il ne savait pas s’il avait le droit de l’ouvrir tout de suite et il estima préférable d’attendre. Roger appela quelqu’un depuis le bureau. Une jeune fille, pas plus de dix-huit ans, entra alors. Elle avait des cheveux châtain clair, relevés en un haut chignon, un corps très fin et un long cou gracieux, tout ça lui donnant des allures de danseuse de ballet. Elle portait une jupe noire, qui s’arrêtait au-dessus de ses genoux minces, et une blouse à manches courtes, noire également. De grands yeux bruns aux longs cils sombres lançaient des regards rieurs à travers la pièce.

- Alice, demanda Roger, voici Lawl, le nouveau pensionnaire. Veux-tu bien l’accompagner dans sa chambre s’il te plaît ?

- Oui ! Répondit chaleureusement Alice. Je le mets avec qui Monsieur le Directeur ?

- Mets-le avec Neven. C’est un enfant calme et ils devraient bien s’entendre.

- D’accord ! répondit Alice.

  Elle regarda le petit garçon en souriant et tendit une main douce vers lui.

- Viens avec moi, Lawl, c’est ça ? Je vais te montrer ta nouvelle chambre. Ne t’en fait pas, il y a tout là-haut !

- Watari… murmura Lawl en serrant la main de l’homme.

- Va avec Alice Lawl, dit gentiment Watari. Je dois parler un peu avec Roger, je viendrais te voir tout à l‘heure. Allez, va ! Alice est très gentille, elle va te montrer ta chambre.

  Lawl sût qu’il pouvait lui faire confiance. Il lâcha la main de Watari et prit celle que lui tendait la jeune fille. Ils montèrent l’escalier de marbre jusqu’au deuxième étage et se dirigèrent dans un long couloir aux murs blancs. Quelques enfants étaient en dehors de leurs chambres, parlant par petits groupes ou lisant dans un coin. Ils étaient tous plus vieux que Lawl.

- Tu es l’un des plus jeune ici, Lawly Boy. Dit Alice qui tenait toujours sa main. En général, les enfants qui viennent dans cet endroit ont minimum six ans. Mais nous faisons quelques exceptions ! Ahah ! Ici, il y a plein d’enfants, de six à dix-huit ans. Après, il partent vivre par eux même.

- Mais toi, tu devrais partir alors ?

- Oui, normalement. Je voudrais être danseuse. Je vais me rendre à Paris l’année prochaine.

- Danseuse ?

- Oui. De ballet Français. C’est drôle hein ? Je ne sais pas si je pourrais y arriver, mais je vais essayer. Je danse depuis que je suis toute petite. Dans le gymnase. Il y a un gymnase au sous-sol. Il y a aussi une piscine et un théâtre. C’est très grand ici. Tu verras. Tu vas partager ta chambre avec Neven. Il est un peu plus grand que toi, il a sept ans. Il est très calme et très gentil. C’est bien simple, il passe ses journées à dessiner. Il dessine vraiment bien pour son âge d’ailleurs. Tu verrais le portrait qu’il a fait de Harold ! Harold, c’est le cuisinier ! Le meilleur cuisinier de Londres à mon avis. Il est très grand et très gros alors il fait facilement peur aux petits, mais il est doux comme un agneau. D’ailleurs, son ragoût d’agneau est excellent.

  Alice continuait à parler. Lawl ne l’écoutait plus qu’à moitié. Il avait trop de choses à regarder autour de lui. Ils arrivèrent enfin au bout du couloir. Alice frappa à une porte.

- C’est la chambre 21, dit Alice, la tienne et celle de Neven. Nev’ ? Tu es là ? Je peux entrer ?

- Oui ! répondit une voix de l’autre côté de la porte.

  Alice ouvrit et Lawl découvrit une chambre aux murs blancs, plutôt grande, contenant deux lits simples, un bureau, deux armoires, deux tables de chevet à tiroir, et une grande fenêtre aux lourds rideaux bordeaux. Les yeux du petit garçon pétillèrent de bonheur. Un autre petit garçon était assis sur le rebord de la fenêtre. Ses cheveux tombant en boucles blondes sur son front blanc. Il abordait un sourire auquel il manquait plusieurs dents de lait.

- Salut Alice. Dit-il en se levant.

- Salut Nev’. Je te présente ton nouveau colocataire. Il s’appelle Lawl, il a cinq ans, alors sois gentil hein, Nev’ ? Viens, entre Lawly Boy. C’est ta chambre maintenant. Celui là, c’est ton lit.

  Alice désigna le lit de gauche, l’autre étant encombré par les feutres, stylos, crayons et feuilles vierges ou dessinées. Alice ouvrit une des armoires, celle à côté du nouveau lit de Lawl et lui montra l’intérieur.

- Ici, tu pourras mettre tes vêtements Lawly Boy. On t’en donnera à ta taille tout à l’heure. Ca, ce sont tes affaires de toilettes. Dans cette petite trousse. Tu as aussi des draps de rechange pour ton lit et des draps de bains. Neven va tout t’expliquer, ne t’en fais pas. Si tu as besoin de quelque chose, en général il y aura toujours quelqu’un qui pourra t’aider ici. Je vois que Roger t’a donné ton sac à dos ! Garde le précieusement. Moi j’ai toujours le mien ! Il est vert pomme ! Je l’ai eu en arrivant ici, il y a onze ans. Je te laisse Lawly Boy. On se reverra sûrement tout à l’heure. Ciao !

   Alice tourna les talons et sortit de la chambre, le laissant seul avec Neven.

- Elle est gentille hein ? Dit-il. Bon. Salut… Lawl c’est ça ? Ici, c’est notre chambre. Alice t’as expliqué. Le deuxième étage, c’est le quartier des garçons. Le troisième, c’est celui des filles. Les salles de musique, d’étude, de classe, de jeux, de dessin, de sport et tout le reste sont au premier et au rez-de-chaussée. Au quatrième et au cinquième, il y a les appartements des adultes et l’infirmerie. On a une salle de bain pour dix. En gros, une salle de bain pour cinq chambres. Les toilettes sont dans la salle de bain. Mais on a quand même un robinet dans la chambre regarde. Ici, c’est immense, mais on s’y fait vite. Voilà. Moi je dois dessiner pour l’instant. Mais si tu veux me poser une question, tu me dis hein.

- Merci Neven.

- Appelle moi Nev’ !

  Lawl s’assit sur son lit pendant que Neven retournait à la fenêtre et reprenait son dessin inachevé. Lawl tenait toujours son sac à dos bleu dans ses bras. Il décida de l’examiner de plus près. Il ouvrit délicatement le sac et sorti un à un les trésors qu’il contenait. Un carnet de note, une trousse de stylos colorés, un livre intitulé Les Contes Des Frères Grimm que Lawl déchiffra sans trop de peine, un sachet de bonbons, une petite peluche représentant un panda, un jeu de casse-tête, une boussole, une figurine d’une voiture de course et un petit drapeau de Grande-Bretagne. Lawl étala l’intégralité sur les couvertures et admira tout avec une tendresse infinie. Neven jeta un coup d’oeil et lança :

- Tiens ! Un panda ? La mienne représente un lion ! Je l’ai eue quand je suis arrivé, il y a trois ans. Moi aussi j’ai été l’un des rares à pouvoir venir ici à cinq ans. C’est peut-être pour ça qu’ils t’ont mis avec moi.

  Lawl lui accorda un faible sourire.

- Nous allons manger dans une heure tu sais Lawl. Le réfectoire est au rez-de-chaussée.

- D’accord, répondit le petit brun, je crois que je vais aller faire un tour…

- Tout seul ? T’es sûr ? Tu veux que je t’accompagne ?

- Non, merci Neven. Je vais y arriver tout seul.

  Sur-ce, il sortit de la chambre en laissant Neven à ses dessins.

 

* * *

 

  Lawl se promena dans la grande demeure, émerveillé. Son seul problème, c’était tous ces enfants. Il y en avait trop. Certains pleuraient. Il détestait ça. Il descendit des escaliers, en monta d’autres, se perdit dans de longs couloirs clairs, pénétra dans des pièces vides, dans une bibliothèque, une salle informatique, une salle de jeux, arriva dans des endroits inconnus, revint sur ses pas et chercha à retrouver son orientation plus d’une fois. Il arriva finalement dans un endroit plus sombre, qui devait sûrement être le sous-sol, puisqu’il apercevait des roues de voitures derrières les velux en hauteur. Il n’y avait pas un chat. Il continua à avancer dans les couloirs, en quête des escaliers qui le ramèneraient au rez-de-chaussée. Ses pieds nus (il avait enlevé ses chaussures dans la chambre et marchait sans depuis tout le temps de son aventure dans l’orphelinat) ne faisaient aucun bruit sur la moquette. Il avançait toujours lorsqu’il entendit une mélodie douce s’élever au bout d’un couloir proche. Il s’approcha doucement du bruit. Il venait de derrière une porte. Il la poussa légèrement et passa la tête à travers l’ouverture. Une musique retentissait d’un poste de radio posé sur le sol. C’était du piano. Et, au milieu de la salle, Alice dansait. Elle virevoltait gracieusement, comme un cygne, les bras élevés au-dessus de sa tête et une jambe en arabesque. Un justaucorps noir rehaussait sa taille fine et une jupette de classique, de même couleur, tournait avec ses pirouettes. Lawl la regarda, les yeux grand ouverts, étonnés. Elle dansait merveilleusement bien. Mais ce n’était pas ses pas de danse qui lui faisait cet effet. C’était la musique. Il ferma les yeux et l’écouta plus profondément. Cette musique… Elle lui rappelait quelque chose. Elle l’inspirait. Soudain, au plus profond de son être, il aperçut ce qu’il cherchait. La chapelle. La chapelle aux vitraux colorés. Et les cloches… La musique s’arrêta. Lawl rouvrit les yeux. Alice s’épongeait le front avec une petite serviette en éponge vert pastel. Elle se retourna et aperçu enfin le petit garçon, toujours au pas de la porte.

-Tiens ! Lança-t-elle joyeusement. Tu étais là Lawly Boy ?

-La musique… Murmura le petit garçon.

-Elle t’a plu ? C’est le Concerto Pour Piano Numéro 23 de Mozart.

-Le Concerto pour Piano ?

-Oui. De Mozart. C’est magnifique n’est-ce pas ?

  Lawliet ne répondit pas. Il avait encore la tête dans la musique qu’il venait d’entendre et les images qu’il avait vues. Alice sourit et s’assit sur le sol pour retirer ses pointes. Elle se releva et pris sa serviette et ses chaussons d’une main. Elle s’avança vers le petit garçon, toujours souriante.

-On va bientôt manger Lawly Boy. Dit-elle. Tu ferais bien de retourner au réfectoire. Tu veux que je t’y emmène ? Je vais manger aussi de toute façon.

-Je veux bien…Répondit Lawl.

  Elle le prit par la main et ils retournèrent au rez-de-chaussée. Alice, toujours en tenue de danse, et Lawl, portant les vêtements dans lesquels il s’était réveillé il lui semblait des semaines plus tôt, bien que ce ne soit que depuis une journée, entrèrent enfin dans le grand réfectoire. Alice lâcha la main de Lawl.

-C’est le réfectoire ici. Je vais aller manger avec mes amis, à la table du fond. Je te laisse Lawly Boy. À tout à l’heure peut-être !

  Elle se dirigea vers le fond de la salle en laissant Lawl seul au milieu du réfectoire. Celui-ci jaugea l’endroit du regard. Il y avait beaucoup de tables. Il ne savait pas où aller. Et puis, après tout, ce n’était pas grave. Il n’avait besoin de personne. Les autres l’ennuyaient. Il se dirigea alors vers une table vide de tout visiteur. Il était sur le point de s’asseoir lorsqu’il aperçut le self. D’accord. Il devait y aller. Il avança donc vers celui-ci. Les plateaux étaient beaucoup trop grands pour lui, mais il ne s’en soucia pas. Tous les pensionnaires n’étaient pas encore arrivés et il n’y avait presque personne au self. Il arriva devant la cuisinière, ayant du mal à voir ce qu’elle présentait à manger, bien qu’il soit plutôt grand pour son âge.

-Eh bah ! S’exclama la cuisinière, une grosse femme au regard doux, ‘les font de plus en plus p’tits ! T’es nouveau mon poussin ?

-Oui. Répondit simplement Lawl.

-Bienv’nue à la Wammy’s House ! J’suis Georgia. Que veux-tu manger ?

-Oh, Je ne sais pas…

-Qu’est c’qui te f’rait plaisir ?

-Eh bien… Quelque chose de simple. De rapide.

-Tiens, prends ça. Dit-elle en posant un sandwich sur son plateau. C’est simple et rapide.

-Merci.

  Il posa ensuite sur son plateau un verre et une serviette ne papier. Et c’est là qu’il le vit. Ce gâteau. Là. Devant lui. Le plus beau qu’il n’avait jamais vu. Il essaya de résister à la tentation. Mais il ne put pas. Il s’empara de la tranche de gâteau aux fraises surmonté de crème. Puis il retourna à la table vide. Au fur et à mesure, les pensionnaires s’étaient faits plus nombreux dans le réfectoire. Il s’assit sur la chaise de bois et commença à manger. Il mangea rapidement. Tous les enfants n’avaient pas eu le temps de rentrer qu’il avait déjà fini. Il poussa son plateau sur le côté et resta immobile. Sa position lui était bizarrement inconfortable. Il ramena ses deux jambes contre son corps et posa ses pieds nus sur la chaise, puis ses mains sur ses genoux. Et il se mit à observer. Tout. Chaque détail, chaque coin. C’était incroyable comme cette position lui rendait la vue plus claire. Il voyait tout, ou presque. Les minutes s’écoulèrent doucement. Personne ne vint vers lui, ce qui l’arrangeait. Puis une main se posa sur son épaule. L’enfant détourna la tête.

-Watari ! S’exclama-t-il.

-Tout à fait ! Répondit le vieil homme. Alors, tout va bien ? Des vêtements ont été déposés dans ta chambre. Tu as mangé tout seul ?

-Oui. Mais c’est moi qui le voulais.

-Ah bon… Et que fais-tu ?

-J’observe. Je déduis. Répondit-il.

  Watari regarda l’enfant. C’était à peine croyable. Il possédait une maturité étrange. Jamais un enfant de cet âge n’avait parlé avec autant de sérieux. Et pourtant, il en avait vu, des enfants intelligents ! Son orphelinat en était bourré. Certains étaient des génies dans leur domaine ! Comme ce jeune Neven, en peinture, April en musique, Elliot en natation, Alice en danse classique ou bien d’autres encore ! Mais jamais un enfant de cinq ans ne lui avait fait cet effet.

-Tu… Observes ? Hésita Watari.

-Oui.

-D’accord. Tu sais, tu peux retourner à ta chambre quand tu le désires. Ici, le self est ouvert de sept heure à neuf heure du soir. Les petits déjeuners commencent à six heure et s’arrêtent à neuf heure du matin.

-Merci Watari. Je crois que je vais retourner dans ma chambre…

-Tu crois que tu vas trouver tout seul ?

-Oui, ne vous inquiétez pas. Je pourrais vous revoir ?

-Oui, répondit l’homme, je viens souvent rendre visite aux pensionnaires tu sais. Je vais m’en aller aussi, j’ai à faire. À bientôt mon petit Lawl !

-L… Murmura l’enfant.

-Pardon ? Demanda Watari qui n’avait pas entendu.

-Non, rien… A bientôt Watari.

  Lawl se leva, prit son plateau et se dirigea vers le coin de débarrassage. Il vida son plateau et sortit de la grande salle. Il retrouva sa chambre sans difficulté. Neven n’était pas là. Il devait être à table. Lawl s’accroupit sur le rebord de la fenêtre, là où son camarade dessinait lorsqu’il l’avait rencontré. Il regarda la neige tomber dehors. La musique lui revint à l’esprit. Il ferma les yeux, et doucement s’endormit le front collé sur le carreau de la fenêtre.

 

* * * 

 

  Une chapelle. Grande. Lumineuse. Avec des vitraux colorés. Sur le côté, une table. Sur cette table, une tasse. Du thé. Et à côté encore, des morceaux de sucres. Au fond de la chapelle, une silhouette. Toute noire. Grande. Mince. Une autre à côté d’elle. Plus grande encore. Et plus imposante. Le soleil dehors, à travers les vitraux. Une musique. Douce. Le Concerto. Une odeur. Étrange. Un mélange. Le tabac. Et le jasmin.

 

 

* * *

 

Lorsqu’il se réveilla, il était allongé dans son lit. Quelqu’un, Neven sûrement, avait dû le déplacer pour la nuit. Lawl s’étira, le soleil laissait passer de faibles rayons derrière les rideaux. Il tourna la tête en direction de l’autre lit, en face du sien. Neven venait de se réveiller en même temps que lui. Le blondinet lui fit un sourire et s’étira à son tour. Puis il se leva et dit :

-On va déjeuner Lawl ?

-Oui. Répondit le petit brun.

Ils sortirent et descendirent déjeuner. Après un petit-déjeuner assez copieux, être chacun passé à la douche et s’être habillés, Neven prit un bloc et un stylo et sortit de la chambre. Lawl resta seul. Ca l’arrangeait encore, malgré lui. Il décida de descendre observer les lieux. Encore. Ce qu’il fit donc. Il resta toute la matinée à observer. Puis tout l’après-midi. Les enfants passaient devant lui sans le remarquer vraiment.

Ca faisait maintenant bien un quart d’heure qu’il observait le petit groupe d’enfant dans une pièce. Il n’entendait pas ce qu’ils disaient, mais ça ne l’empêchait pas de regarder. Une fille entra alors dans la pièce. Il la reconnut aussitôt. C’était Alice. Elle commença à rire avec les autres enfants, bien qu’ils soient beaucoup plus jeunes qu’elle. Elle déposa son sac, ouvert, dans un coin de la salle, et s’assit à côté. Les enfants s’empressèrent de la rejoindre et bientôt ils ne firent plus qu’un groupe serré d’où s’élevait quelques cris sans que Lawl ne puissent voir.

-Alice ! Il est beau ton tutu ! S’écria une voix de petite fille.

-N’est-ce pas ? C’est pour mon concours !

-J’adore ta montre moi ! Dit un petit garçon, envieux.

-Elle appartenait à mon père tu sais. Mais je vais l’enlever, elle me tombe du poignet, c’est désagréable. Répondit Alice.

Lawl tendit encore l’oreille. Le petit groupe resta longtemps assis. Puis, bien une heure après, le groupe se dispersa et il ne resta dans la pièce que deux garçons et Lawl. L’un des deux garçon tapota l’épaule du second et sorti quelque chose de sa poche. Lawl ne pu voir ce que c’était. Il décida de sortir d’ici. Il continua son observation puis, un moment plus tard, il découvrit Alice, sur le bord des larmes entouré du même groupe d’enfant que précédemment plus d’autres encore. Il circulait que visiblement, elle avait perdu la montre de son père. Lawl reconnu les deux garçons de la pièce. Neven apparu alors. L’un des deux garçon le montra du doigt et s’écria :

-C’est lui !

Alice releva la tête et regarda Neven, aussi surprise que le petit garçon lui-même qui ne comprenait pas ce qu’on lui demandait. Lawl se leva, s’approcha et parla enfin.

-Absolument pas.

-Pardon ? Répondit l’un des garçons.

-Ce n’est pas lui. Vous le savez très bien.

-Bien sûr que si ! Il a déjà dit plein de fois à Alice qu’il aimait sa montre ! Alors c’est forcément lui le coupable ! Il la voulait!

-Il y a environ 5% de chance pour que ce soit lui oui, mais pour 60% que ce soit toi. Répondit calmement Lawl.

-De quoi « pourssan » ? Moi ? De quoi tu parles ?

-Je dis simplement que c’est souvent ceux qui accusent qui sont coupables.

-Alors tu t’accuses ! C’est toi qui l’a piquée cette foutue montre !

-Je n’accuse pas, je déduis.

-Nan mais vous l’entendez parler ? Cinq ans et il s’y croit déjà !

Alice s’approcha de Lawl, dénudé d’intérêt et d’expression. Elle le regarda d’un air entendu puis se retourna vers le garçon.

-S’il te plaît, dit-elle calmement. S’il te plaît Ake, rends-moi ma montre.

-Mais je…

-S’il te plaît. Coupa Alice. Rends-la-moi. Elle était à mon père. Tu sais ce que c’est, si tu es ici. Tu peux comprendre à quel point elle compte pour moi non ? Alors s’il te plaît, rends-la-moi.

Ake murmura des mots incompréhensibles et sortit la montre de sa poche. Après quoi il lança un regard noir à Lawl et se précipita hors de la pièce. Le brouhaha repris et Lawl sortit en vitesse à son tour, évitant les questions. Il retourna directement à sa chambre. Une fois à l’intérieur, il ouvrit l’armoire et se mit à fouiller dans les vêtements que lui avait donné Watari.

Au fond, tout au fond, il trouva quelque chose. Il prit le bout de tissus et le déplia. C’était un t-shirt blanc, immense. Un t-shirt d’adulte. Puis tout sembla s’arrêter.

 

* * * 

 

Il se souvenait. Ça y est. Sa mère. Son père. Il se rappelait. L’appartement. Le parquet grinçant. Le thé. Le poste de télévision qui sautait. Son père qui fumait de tous petits cigares. Les cheveux de sa mère, qui sentaient la fleur, le jasmin. L’accident. La voiture en feu. La chapelle. Les croix de bois du cimetière. Les draps chauds. Sa mère qui lui avait promis du thé après sa sieste. Les gémissements qui l’avaient réveillé. La voix de Watari. Les cheveux noirs, gisants au sol. Les cloches.

Il cherchait en vain son prénom. Tout lui revenait à la mémoire, sauf son nom. Mon poussin. Mon trésor. Boy. Sweety. Il ne se rappelait pas de son nom.

Une conversation avec sa mère, huit mois après la mort de son père, décédé dans un accident de voiture lui revint à l’esprit :

-Maman ?

-Oui mon poussin ?

-Pourquoi tes yeux son bridés ?

-Parce que je suis Japonaise trésor.

-Japonaise ?

-Oui, tu sais, le pays…

-De l’autre côté de la Terre ?

-C’est ça.

-Tes parents, ils sont Japonais alors ?

-Oui, ils étaient Japonais. Mais moi je suis née en Angleterre.

-Tu sais parler japonais Maman ?

-Oui, quand j’étais petite, je parlais japonais à la maison. Même si j’ai un prénom anglais. Mais à l’école, je parlais anglais.

-Et ils sont morts, tes parents, maman ?

-Eh oui… Je me souviens. J’étais avec Awen, ton papa et…

-Tu connaissais déjà Papa ?

-Oh, j’étais grande à ce moment. On était partis passer la soirée ensemble et lorsqu’il m’a ramenée chez moi, l’immeuble était en feu. Un court-circuit. Il n’y a eu aucun survivant.

-C’est terrible…

-Oui… Tu sais mon trésor, tu es bien plus intelligent que la majorité des enfants. Je suis très fière de toi. Tu sais… Il ne reste pas beaucoup de personnes en vie dans notre famille…

-Je sais Maman… Et Papa… Il…

-Oui mon poussin, lui aussi…

-Mais toi, tu resteras toujours avec moi hein ?

-Je ferais de mon mieux mon poussin…

-Maman ?

-Oui ?

-Comment ils s’appelaient tes parents ?

-Ma mère s’appelait Aoi, ça veut dire « bleu » en japonais. Parce qu’on disait que ses cheveux avaient des reflets bleus. Tu en as hérité. Mon père, il s’appelait Ryûzaki.

-Ryûzaki ?

-Oui. C’était un homme adorable. Tu l’aurais adoré. Et lui aussi d’ailleurs.

-J’aurais aimé les connaître… C’est dommage… C’est triste, la Mort…

-Tu sais mon trésor, je sais tu feras de grandes choses quand tu seras grand.

-Je ferais tout pour que tu sois fière de moi, Maman.

-Je t’aime mon chéri…

-Moi aussi Maman…

Swann, sa mère, était morte cinq jours plus tard. D’une crise cardiaque.

Lawl ne se rappelait toujours pas de son prénom, sans doute ne s’en rappellera-t-il jamais, mais il était sûr d’une chose.  Il reposa le t-shirt dans l’armoire et alla s’appuyer contre le bord de la fenêtre.

-Maman, murmura-t-il, tu seras fière de moi. Je te le promets. Papa, toi aussi. Je vous aime… Très, très fort…

 

* * *

 

Neven entra dans la pièce. Il vit Lawl à la fenêtre.

-Lawl, dit-il, il est l’heure de manger. Tu veux venir avec moi ?

-J’arrive Nev’.

-Au fait, merci pour tout à l’heure… Comment as-tu su que c’était Ake ?

-J’ai observé.

-Tu as…

-Observé, oui. On y va ?

Les deux enfants descendirent au réfectoire. Alors que Neven se dirigeait vers le self, une vague d’enfant apparu devant Lawl.

-C’est toi qui a découvert qui avait volé la montre d’Alice ? Demanda une petite fille.

-Comment t’as fait ? Demanda une autre.

-Tu es nouveau ? Demanda un garçon roux.

-Qui es-tu ? Demanda la première.

-Je suis… hésita Lawliet. Je suis… L…

 

 

 

ÉPILOGUE

(ATTENTION! contient un énorme SPOILER. A ne pas lire si vous n’avez pas fini la série.)  

 

5 Novembre 2004.

Les cloches. Je les entends. La chapelle. Le cimetière. Watari. Je meurs non ? Je pense qu’il y a 99,99 % de chance pour que je sois sur le point de mourir. Merde. Eh ! Mais qu’est ce qu’il fait ? Il me porte ? Light ? Ah. Son sourire. J’en étais sûr. Kira. C’est lui. J’ai mal. Quelle sensation… bizarre. Je le savais. Je le savais que c’était lui. Mais il m’a eu. Je meurs. Mais je n’ai pas perdu. Adieu, Light-Kun. Kira… Tu seras arrêté, ne t’en fais pas. Pas par moi, je meurs. C’est dommage, j’aurais vraiment voulu te prendre. Near… Mello… Matt… Je compte sur vous… J’avais raison. Je le savais. J’ai mal, quand même. Adieu… Kira…

États d’âme

Bonjour à tous! Me revoilà avec un petit texte qui date d’il y a à peu près… 3 mois. J’aimerais bien que vous me donniez vos avis, avant que je vous dise d’où il vient. C’est lui aussi un Morceau de Vie. :) Simple précision pour le futur, je vais sûrement commencer à poster une de mes fanfictions, voire plusieurs, si ça vous plait. En attendant, je vous laisse avec ce Morceau ! Enjoy!

* * *

    Je ne savais plus depuis combien de temps la voiture roulait, mais cela me semblait être une éternité.
    Peut-être même deux.
    Mon front tremblait sur le Plexiglas glacé, sous les soubresauts de la vieille Peugeot de mon père. Je n’avais pas vraiment compris pourquoi il avait insisté pour qu’on parte avec cette voiture alors que, comme disait Maman, « elle était n aussi bon état que la Tour de Pise ». C’est vrai que, et cela m’avait toujours paru assez étrange, la voiture semblait pencher vers l’avant, comme si deux de ses pneus étaient plus petits que les autres. Quoiqu’il en soit, nous étions une fois de plus tous réunis dans la Peugeot et je l’ennuyais à mourir. Dehors, la tempête faisait rage. La pluie tambourinait sur les fenêtres de la voiture, si fort qu’on aurait cru qu’elle allait les transpercer, comme un coup de poing dans un moment de colère. Le ciel était gris. Sans un seul rayon clair. Comme si la lumière avait disparu et que nous entamions lentement une descente vers les Enfers. Je pouvais apercevoir, si je regardais bien, les premiers épis des champs qui nous entouraient. Il n’y avait que des champs. Partout. Si bien qu’on aurait cru rouler en plein désert. Parfois, un arbre. Seul et tordu. Torturé par la tempête. Ses branches tourbillonnant comme si elles allaient se casser, aussi facilement que se briserait une allumette. Puis de nouveau des champs grisâtres. J’essayais vraiment de voir quelque chose, mais mes yeux, fatigués par tout ce gris, ne répondaient plus. Mes oreilles bourdonnaient. J’entendais au loin la voix de mes parents, comme s’il s’étaient trouvés à des centaines de mètres de moi. J’étais enfermée dans une bulle terne et sourde.

    Puis, soudain, mon oeil se fixa sur un point, au loin. Un point bleu. Je sentais que la voiture s’en approchait. Le point bleu devint de plus en plus grand, de plus en plus clair.
    Et je vis la mer.

Elle brillait, étincelait! Je voyais le soleil se refléter à sa surface. Il était là, avec la mer. Nous, nous étions toujours sous la pluie. Mais cela n’avait guère d’importance : je fixais la mer. Ce bleu, ce bleu si majestueux. Je me rappelais alors les vacances passées en son sein, avec mon cousin Xavier. Sous les soleil brûlant de midi. Je me souvenais de la fraicheur de l’eau translucide. Le sable clair qui nous enflammait les pieds lorsque nous escaladions les dunes. Le doux chant des grillons dans les herbes hautes, les voiles blanches des bateau qui dansaient au large… Tout n’était que quiétude et chaleur. 
    Mon coeur se mit à battre très vite, comme s’il courrait. En voyant cet océan azur au loin, je revoyais les mille couleurs des cerf-volants, je regoûtais aux douces saveurs des fruits remplis de leur jus sucré qui pétillait sur la langue. Alors je me sentis bien. Reposée. Pleine de ce soleil et de cette eau. Un sourire s’était formé sur mon visage. La mer se rapprochait. Bientôt, je pourrais voir la plage, les petits pavillons de bois qui borderaient la côte, les oiseaux blancs dans le ciel. Je sentirais l’odeur de la marée descendante et je remplirais mes poumons de ce air pur et salé. Je ferais éclater la bulle grise de pluie et de solitude qui me tien enfermée. Elle disparaîtra aussi rapidement qu’elle était apparue et me déposera sous le soleil.

    La voiture vira sur la gauche. Je perdis la mer. J’écrasais mon nez contre la vitre pour essayer de la retrouver. En vain. renouveau, des champs gris, la pluie, l’orage me faisaient face. Il n’y avait plus aucun signe de la beauté qui s’était déroulée devant les yeux durant tout ce temps. J’essayais péniblement de me retourner pour voir encore un fragment de ce bleu. Quelques secondes auraient suffit. Je me contorsionnais sur mon siège sans jamais rien apercevoir. Un brouillard obscur était tombé et entourait la Peugeot. Si épais que j’avais maintenant du mal à distinguer les voitures qui suivaient la nôtre. Alors voir la mer;.. Cela me semblait impossible. à dire la vérité, je n’étais même plus vraiment sûre de ce que j’avais vu. Mais mon souvenir tournoyait dans ma tête, et mon coeur n’avait pas arrêté de courir.

I can’t decide

Bon. Le texte qui va suivre est peut-être un touuut petit peu étrange. C’est en fait une traduction des paroles d’une chanson. Je vous explique. Il y a une chanson que j’adore qui m’a inspirée un dessin. Que j’ai fait. Ce dessin m’a ensuite donné envie de mettre les mots dessus. J’ai donc traduit et adapté les paroles de la chanson pour en faire un espèce de « Morceau de Vie ». Il faut savoir que le but de ce texte est de laisser au lecteur toute liberté d’imagination sur le ou les personnages (normalement les, mais chacun sa manière de voir la folie, puisque c’est le sujet), l’ambiance, le lieu, les actions etc… Je vais quand même mettre le dessin à la fin, que vous ayez aussi ma vision du personnage principal. Tout le reste est votre imagination. Il faut savoir que c’est une prise de parole en monologue. Je me suis beaucoup inspirée de la tirade de théâtre pour écrire ce texte, et c’est, je pense, plus un texte théâtral que romancier (et c’est aussi son but.). Je tiens à repréciser qu’il s’agit là d’une TRADUCTION et que j’ai essayé de rester le plus fidèle possible au texte original, ce qui explique les petites ambiguïtés dans la pertinence… Mais ça met en exergue (les intéressés comprendront) le fait de vous laisser la plus grande liberté possible quant à la compréhension et l’interprétation du texte. En espérant que ça vous plaise !! Et ne craignez rien si c’est un peu bizarre, j’aime les trucs d’horreur…

Le texte est inspiré de la chanson I Can’t Decide des Scissor Sisters.

   * * *

 

  Tu sais, ce n’est pas facile de passer du bon temps tout seul. Tout n’est que pari. Et il faut satisfaire les parieurs. Mais ça ne se conclue pas en 4 lettres ! Non ! C’est bien plus difficile ! 4 lettres, c’est comme… mort. Ou comme sexe. Oui ! Il faudrait que je te fasse l’amour et que je t’embrasse en même temps ! Oh, c’est une ancienne attention ! Que j’ai fini par oublier… Tellement ancienne que maintenant c’est mort et putréfié dans mon crâne de piaf. Eh ! N’ai pas peur ! Ce soir, je ne serai pas un gangster ! Non, non je ne veux pas être un mauvais type… Je suis juste… Un solitaire, chérie. Et maintenant que tu es passée en travers de mon chemin… Je ne peux pas décider si tu dois vivre ou mourir. Oh, tu iras probablement au Paradis. S’il te plait, ne nous prenons pas la tête ! Ne pleure pas… Ne me demande pas pourquoi mon coeur est mort à l’intérieur. Il est froid, et dur, et pétrifié. Verrouille la porte ! Et ferme les rideaux… Nous partons faire un tour !

  C’est idiot de vouloir convaincre les gens de t’apprécier, puisque l’on ne t’apprécie pas. Quoi ? Tu veux que je lâche ce couteau ? Ah ! Ah ! Oui, si j’arrête maintenant, tu peux me traiter de dégonflé…
  Tu sais, si les mensonges étaient des chats, tu serais une litière.

  Plaire à tout le monde, ce n’est pas pour toi. Tu n’es pas ce genre de personne. Je le vois. Allez, allez viens ! Dansons la gigue jusqu’à ce que je tombe ! Jusqu’à ce que tu tombes… Tu n’as pas la moindre chance : même après dix verres je ne suis pas saoul.

  Je dois bien avouer que tu as joué selon mes règles. J’ai besoin de la vérité pour me tromper. Eh ! Pas maintenant ! T’en pis pour toi. Tu m’as énervé. Non, je ne peux pas décider si tu dois vivre ou mourir ! Je sais que tu iras au Paradis. Je t’ai dit de ne pas pleurer. Allons faire un tour loin des soucis. Vivre ?! Ou mourir ? Oh, je pourrais te jeter dans un lac… ou t’offrir un gâteau d’anniversaire empoisonné ! Sèche tes larmes, j’ai une bonne nouvelle ! Je ne nie pas le fait que tu me manqueras quand tu seras partie. Oh !! Ou alors je pourrais t’enterrer vivante ! 

   Mais tu te glisseras doucement hors de ta tombe et, avec ce couteau, tu me tueras en me voyant dormir… Voilà pourquoi je ne peux pas décider si tu dois vivre ou mourir. Chérie, pleure pas : tu iras au Paradis. Je sais que mon cœur est froid, dur, et pétrifié… Verrouille la porte! Je ferme les rideaux… Allons faire un tour…

 

« I can’t decide, whether you should live or die. Oh, you’ll probably go to Heaven. Please don’t hang your head and cry. No wonder why my heart is dead inside. It’s cold and hard and petrified. Lock the doors and close the blinds… We’re going for a ride… »

Numériser

1234



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